Tucson ou la quête des gemmes made in America

Chaque hiver, la paisible ville de Tucson se transforme en capitale mondiale de la gemme. Pendant près de trois semaines, mineurs, marchands, gemmologues, créateurs et grandes maisons de joaillerie convergent vers le désert d’Arizona pour une chasse au trésor grandeur nature.

Tucson n’est pas un simple salon. C’est un laboratoire. Un territoire où la poussière du désert se mêle à l’éclat des gemmes les plus rares au monde. À la différence des foires concentrées sous un même toit, Tucson est multiple : salon institutionnel, tentes improvisées et chambres de motel transformées en cavernes d’Ali Baba. Pour les visiteurs, l’inspiration naît autant d’une gemme exceptionnelle sous vitrine que d’un cabochon poussiéreux découvert au fond d’un plateau. Longtemps considéré comme la référence absolue pour les pierres de couleur, Tucson semble aujourd’hui détrôner le Hong Kong International Jewellery Show dans le cœur des créateurs occidentaux. Plus brut, plus instinctif, le rendez-vous américain fascine par son ampleur autant que par son décor désertique ponctué de cactus et ceint d’anciennes mines de turquoise. /public-objects/befaca4c-83e9-464a-9026-fb47736943aa-b910da5a-f551-46e3-a609-27c310835f76-1.webp Image sélectionnée /public-objects/65ae9bc8-99ac-4eec-86a8-de01e9bd5791-6b718942-dfc9-4fef-81a6-f32f8eb35d16-2.webp Image sélectionnée AGTA et GJX à l’épicentre Si l’on croise les équipes de Piaget, Cartier, Chanel ou Bulgari venues sélectionner les gemmes de leurs futures collections de haute joaillerie, le cœur institutionnel de la foire bat au salon de l’American Gem Trade Association (AGTA), installé au Convention Center, où les marchands les plus réputés présentent et/ou achètent des pierres certifiées et expertisées. Juste en face, le GJX (Gem & Jewelry Exchange) offre une atmosphère plus libre mais tout aussi stratégique. Pendant la dernière édition, nous avons passé une journée avec l’équipe Piaget aux côtés des experts qui, gouaches en main, étaient venus chercher des pierres aux teintes et aux proportions extrêmement précises pour une collection prévue en 2028. Chaque gemme était comparée au dessin, déplacée et observée à la lumière naturelle. Les points satellites Mais Tucson ne se limite pas à ses halls officiels. « Pueblo », « 22nd Street », « Kino » ou « Crystal Dome»… ces noms ne sont pas des codes mais des localisations précises, situées à quelques minutes les unes des autres. Sous des tentes, dans des motels aux portes ouvertes ou sur des parkings bordant l’autoroute, on déniche des géodes monumentales, des cristaux décoratifs, des lampes en agate, des dessous-de-verre en marqueterie de pierres dures, des cabochons à choisir un à un ou des rangs de perles de toutes les couleurs. Il y en a pour tous les goûts et tous les budgets. Ici, l’exceptionnel côtoie l’improbable. Les pierres stars selon Constantin Wild Le gemmologue et tailleur allemand Constantin Wild décrypte les tendances 2026. En tête, un duo bicolore mêlant tourmalines Lagoon et topazes impériales : la première séduit par son bleu-vert tropical intense, la seconde par ses nuances allant du champagne rosé à l’orange flamboyant. Le spinelle violet, longtemps confondu avec le saphir, connaît quant à lui une renaissance grâce à sa brillance vive et à l’absence fréquente de traitement tandis que la tourmaline Paraíba – cette gemme bleu-néon découverte au Brésil dans les années 1980 – reste la star absolue car elle est, aujourd’hui, quasi introuvable. Pour Constantin Wild, la tendance est claire : saturation élevée, pierres naturelles et couleurs affirmées. Les créateurs veulent des gemmes qui s’imposent.