Poésie de la Haute Joaillerie
Début juillet, les maisons de joaillerie ont présenté à Paris leurs nouvelles collections. Pierres rares, compositions complexes, travail d’atelier virtuose les rendent toujours aussi admirables. Mais, cette année, il a soufflé un vent de délicatesse, de légèreté et une recherche de sens. Chaque création a suscité l’imagination à travers ses pierres mais aussi avec son histoire, son dessin, ses symboles.
Les créatrices chinoises Anna Hu et Christine Chen, très inspirées par la poésie des jardins, épanouissent leur signature avec légèreté. Avec la danse des orchidées (collection Orchid Minuet), Anna Hu évoque la fragilité gracieuse de la fleur. Ses minces pétales de titane peints à la main et nervurés comme s’ils étaient vivants font éclore toute la lumière de la pierre de centre. Avec Christine Chen (maison Serendipity), c’est une collection florale qui s’expose au musée des arts asiatiques Guimet, entre objets d’art et paravents anciens représentant des scènes bucoliques. Le lieu est idéal pour le Jardin du rêve de Serendipity, inspiré de celui de Claude Monet à Giverny. Chaque parure reflète un paysage onirique de fleurs et d’étangs, ces derniers étant symbolisés par l’iridescence des opales que l’on retrouve sur presque toutes les pièces. Fleurs et plantes inspirent aussi Chaumet, immergé dans le cycle de vie de la nature éternellement renaissant. Symboliques de la collection Jewels by Nature, les parures Avoine & Étoile des champs, OEillet et Iris des Fées déploient une farandole de fleurs, du bourgeon jusqu’à la corolle épanouie. Mikimoto et Pasquale Bruni observent la délicatesse des pétales. Sur les multiples rangs de perles de la maison japonaise Mikimoto, un souffle de vent dépose des pétales de diamant. Les teintes délicates des perles de conche, de l’émail pliqueà-jour translucide, des morganites rose pêche, des tourmalines et des saphirs de couleur capturent et subliment la beauté éphémère de leur fraîcheur. Dans un autre monde, avec un autre oeil, Pasquale Bruni voit les pétales comme une parure étincelante, vibrante de tout le soleil de l’Italie. Ils sont couverts de diamants et s’articulent, mobiles, sur des pièces imposantes. Inspirée par une rose solitaire retrouvée par Eugenia Bruni, la directrice artistique de la Maison, dans le jardin de la maison familiale abandonnée, la collection ruisselle de lumière et nous raconte bien plus qu’une simple histoire de pétales : un souvenir d’enfance heureuse. /public-objects/2b9e6ee1-a694-4a9d-b395-ce65d0c4335f-5b96f841-54f5-442f-9e0b-a6ae33cd391e-Bague%20Les%20P%C3%83%C2%A9tales%20%C3%82%C2%A9Mikimoto1000.webp Image sélectionnée Chez Boucheron, le thème de la nature s’incarne aussi, merveilleusement ! Glissées dans des tubes en courbe posés sur des socles, les impressionnantes compositions façon Ikebana de chardons, tulipes, cyclamens, avoine… sont d’un réalisme saisissant. La collection Impermanence est monochrome, allant de la transparence au blanc pur puis au noir profond, un effet qui n’est rendu possible qu’en utilisant des matières inhabituelles en joaillerie, telles que la résine (imprimée en 3D), le verre borosilicate, la céramique, le sable noir, le Vantablack… Encore une fois, Boucheron nous déroute. /public-objects/463993d1-7046-4af7-a02d-356932776598-f79abe42-dfeb-416c-a81c-f2935ca04551-Broche%20Cyclamen%20%C3%82%C2%A9Boucheron1000.webp Image sélectionnée Le patrimoine aux sources d’un nouvel éclat Le retour aux années vintage marque les collections de ce mois de juillet. Graff célèbre la décennie de sa création avec la parure 1963 dans l’esprit libre et effervescent des Swinging Sixties. Des ellipses dansent sur un collier spectaculaire, hypnotique, un bracelet et des boucles d’oreilles, révélant une composition flamboyante de 7790 diamants d’exception, tailles ovale, baguette et brillant (pour un total de 129 carats). Chaque diamant baguette, disposé en dégradé, est taillé sur mesure pour créer une parfaite harmonie de lumière. Dissimulé à l’intérieur des pièces par un serti difficile à réaliser, un liseré d’émeraudes – signature du vert Graff – souligne la courbe des ovales de cette parure 1963 qui révèle une véritable prouesse d’atelier. Chez d’autres joailliers, le retour aux années 1960 est un regard sur les années qui ont forgé leur style. Piaget célèbre ses liens avec l’art et les artistes de cette époque avec une collection très colorée, hommage à Salvador Dalí, Arman ou Andy Warhol alors que Pomellato convoque son passé d’orfèvre en redessinant ses volumineux maillons d’or pimentés de pierres vives et joyeuses. Chez Bucherer, coup de coeur pour une broche en platine hommage aux années 1920, époque à laquelle la joaillerie de la Maison de Lucerne prend son essor : une broche en demi-lune est sertie d’une opale blanche de plus de cinq carats, soulignée de vagues de diamants tout en asymétrie (en tout 370 pierres), chacune sculptant la lumière de façon différente. Buccellati célèbre à sa façon ses années vintage avec une collection de bijoux et de mini-sacs précieux inspirés de pochettes et de minaudières de sa collection patrimoine. Les signatures de la Maison sont là : mélange des ors, gravure Rigato, motif tulle, cordage, transposés dans un design très actuel sur de petits sacs aux fermoirs en or gravé et serti de diamants, ornés d’anses et de passementeries précieuses. Ces accessoires pour les soirées dans le grand monde côtoient une collection de bijoux, pièces uniques, où les bagues cocktail enchantent par leur travail de l’or et les pierres admirables qui les couronnent. /public-objects/eb0fcb5b-3dbc-4a28-8ec7-5634037c4727-c256e1fe-6fca-4515-ad1b-fc1a2b9e131e-Boucles%20d'oreilles%20Orchid%20Minuet%20%C3%82%C2%A9Anna%20Hu1000.webp Image sélectionnée Au coeur des icônes intemporelles Depuis sa création en 1847, Cartier a l’art de combiner l’équilibre des lignes et l’harmonie des formes. La légèreté se joue sur les ajourages et l’articulation des pièces grâce à un minutieux travail d’emmaillement qui les rend souples comme des étoffes. Ici, les pierres exceptionnelles ne viennent jamais alourdir le dessin, elles le magnifient. Témoin, le collier Pavocelle, de la collection En Équilibre, figurant une succession de queues de paon déployées. Le fameux « style paon » bleu et vert qu’affectionnait Louis Cartier se retrouve dans le bleu du saphir de Ceylan, étonnante pierre de plus de 58 carats qui sublime la création. D’autres icônes de style se dévoilent encore cet été. De Beers signe ses collections d’un mélange de pierres polies et de pierres brutes, affirmant ainsi son expertise de plus de 135 années et un accès privilégié aux plus beaux diamants de couleur du monde. Pour sa collection Essence of Nature, le joaillier londonien évoque quatre arbres emblématiques des terres du diamants – le baobab, le jacaranda, l’acacia, l’érable –, gravant dans l’or la texture des branches et des écorces. Mais c’est surtout la couleur rarissime des diamants, bleu, violet, mauve, rose, jaune, orange, vert… qui aimante le regard. L’icône de Boghossian ? La couleur, l’harmonie fluide et lumineuse des pierres. Le bijou se construit exclusivement autour d’elles. Boghossian, c’est une palette de peintre. Les pierres, remarquables par leur pureté et leur densité, composent les symphonies de nuances douces de la collection Lirya, empreinte d’une délicate symphonie poétique. Adler retourne aux origines de notre civilisation, à Mistra, cité de la Grèce du XIIIe siècle. Les bijoux reprennent les détails de l’architecture et des mosaïques byzantines. Transformables, très mobiles, les boucles d’oreilles prennent vie dans des jeux de superposition où la lumière s’immisce dans les motifs ajourés. /public-objects/d41f23f4-b1c0-4436-b17e-5ca419d87653-f42be62d-f77a-4b9c-b263-a728432d1847-Boucles%20d'oreilles%20Lirya%20%C3%82%C2%A9Boghossian1000.webp Image sélectionnée Entre délicatesse florale, hommage à la renaissance de la nature, au patrimoine de la Terre comme à celui des Maisons, la haute joaillerie de cet été a brillamment réinventé son langage à travers des collections chargées d’émotion.