L'orfèvrerie peut véritablement être qualifiée d'art
Dans le sillage de son père, Gianmaria, et de son grand-père, Mario, Andrea Buccellati représente la troisième génération créative à la tête de Buccellati. Président honoraire et directeur créatif, il a imaginé la collection de haute joaillerie Serenissima, inspirée par Venise.
Serenissima rend hommage à Venise. Quelles ont été les inspirations majeures ? La collection Serenissima est née du charme intem porel et de la riche histoire de Venise. Elle rend hommage à l’âme de la cité lagunaire, où se rencontrent un savoir faire séculaire et l’inspiration qu’offre Venise, de sa glorieuse Renaissance à sa tradition raffinée de dentelle rie. Une inspiration majeure vient de Burano, où Mario Buccellati fut fasciné par la délicate dentelle à l’aiguille et chercha à traduire sa légèreté, sa transparence et son élégance dans ses créations de joaillerie. La collection puise également ses racines dans les valeurs esthétiques communes à Buccellati et à Venise, l’une comme l’autre attachées à la délicatesse, à la complexité et à une forme de luxe discrète mais indéniable. /public-objects/25def7d2-fd94-4f19-87ba-e56933de54ca-7f95b2aa-4cd1-45ad-9222-abda4f9d9987-Mr.%20Andrea%20Buccellati%202.webp Image sélectionnée Buccellati a été fondée par votre grand-père Mario en 1919. Quel souvenir ou anecdote de cette histoire familiale résume le mieux, selon vous, l’esprit de la maison ? Je n’ai pas de souvenir particulier avec mon grand père : il est malheureusement décédé en 1965, alors que j’étais très jeune. J’ai en revanche de nombreux souvenirs de mon père, du temps où je lui rendais visite dans les ateliers et m’imprégnais avec lui de cet air magique de la création. J’ai beaucoup appris à ses côtés, en le regardant et en l’écoutant. Il m’a surtout enseigné la discipline, la précision et l’amour de ce métier si particulier. Comment votre regard a-t-il évolué lorsque vous êtes devenu à votre tour directeur créatif ? Suivant les enseignements de mon grand-père, Mario, comme après lui mon père, Gianmaria, j’ai fait évoluer mon regard esthétique, tout en veillant à rester fidèle à l’ADN et au style de la maison, sans jamais m’écarter des principes fondamentaux qui font l’identité esthétique de Buccellati. C’est une signature de style et non une simple marque. /public-objects/5f582ee6-7ee2-4e44-bb20-2194f8f8ef01-b9097f21-399d-4fbe-b5f4-78c7a2bf3c54-Lace%20bangle%20bracelet%20designed%20by%20Gianmaria%20Buccellati%20in%201966%2C%20alongside%20archival%20materials%20from%20the%20Maison%20%C3%A2%C2%80%C2%93%20%C3%82%C2%A9%20Buccellati%20Archive%20_V2.webp Image sélectionnée /public-objects/940a732b-747d-4be9-86e9-2aa5360afa0f-bfe90e19-3e1a-4860-aaf1-c3b23c891e89-Serenissima%20Collection%20Pendant%20Earrings_9_V2.webp Image sélectionnée Qu’avez-vous hérité de votre père Gianmaria que vous cherchez aujourd’hui à transmettre à votre tour aux générations suivantes ? Le savoir-faire se transmet souvent de père en fils, de manière naturelle. Nous avons eu, et nous avons encore aujourd’hui, de jeunes artisans qui sont arrivés dans nos ateliers grâce à leur père. Ils ont ainsi appris le métier et sont restés parmi nous, de génération en génération, à l’image de ce qui s’est passé pour moi, dans le sillage de mon père. De lui, j’ai hérité de la part créative du métier, et aujourd’hui je collabore avec ma fille Lucrezia sur certains projets et des collections importantes, en essayant de lui transmettre l’ADN de la maison. «C'est une signature de style et non une simple marque.» /public-objects/190f0110-be14-48dd-bf67-5cda5ed2ba6b-e6ce44c9-dec4-433a-8596-115191c4cb81-Serenissima%20Collection%20Necklace_4.webp Image sélectionnée Diriger une maison qui a plus d’un siècle d’existence suppose de dialoguer avec son héritage tout en la faisant avancer. Comment trouvez-vous l’équilibre entre fidélité aux codes historiques et création contemporaine ? Il n’y a aucun effort de ma part, cela se fait tout naturellement. Nous n’avons pas à nous conformer aux tendances, mais simplement à faire évoluer notre style, le style Buccellati. C’est donc très simple et très naturel. /public-objects/a7ae6900-97e0-469b-8bfc-c6cc37150c0e-08478d3b-cc49-4c25-9eec-ffbbc0878969-Serenissima%20Collection%20Ring.webp Image sélectionnée «Rigato», ajourage à la scie à la main, «Modellato»... : quelles techniques considérez-vous comme les plus emblématiques de Buccellati, et lesquelles risqueraient de se perdre si elles n’étaient pas transmises ? Les techniques que vous mentionnez sont des techniques de gravure, tandis que l’ajourage et le nid d’abeille sont des techniques d’orfèvrerie anciennes et exigeantes. À celles-ci, j’ajouterais aussi notre technique particulière de sertissage. Ce sont là tous des éléments que Buccellati s’est toujours engagée à préserver au fil des siècles, en témoignage de l’art de l’orfèvrerie que l’on peut véritablement qualifier d’art. Je crois que toutes ces techniques, si elles ne sont pas transmises, pourraient certainement se perdre. Combien de temps faut-il pour former un orfèvre à maîtriser ces techniques, et comment la maison assure-t-elle la pérennité de ce savoir-faire ? Nous avons plusieurs apprentis et nous comptons beaucoup sur leur désir d’apprendre et de devenir des maîtres dans leur domaine. Il faut à un apprenti quatre à cinq ans pour maîtriser les techniques d’orfèvre rie, de gravure ou de sertissage, selon ses aptitudes. Beaucoup de jeunes commencent comme orfèvres puis réalisent qu’ils ont davantage de talent comme graveurs, et changent alors de rôle. L’important est qu’ils deviennent autonomes et soient capables de perpétuer ces techniques traditionnelles au sein de la maison. /public-objects/f4c19963-8984-4e45-a501-cffede1b721b-c9daad44-0f37-4356-bb48-704a9dc2ad70-Buccellati_Serenissima%20HJ%20Collection_Making%20Of%20Images_3.webp Image sélectionnée Comment envisagez-vous l’avenir ? Je pense qu’il nous reste encore beaucoup de choses à faire, à créer, à offrir. L’avenir doit donc être rempli de beauté et d’objets qui font du bien.