Les états d'âme du jonc

Par son approche vivante au poignet, le jonc a longtemps fait la course en tête parmi les bijoux préférés. Il doit désormais se plier à l’injonction du « jamais sans les autres ».

« J’ai une histoire, vous savez. Un récit qui affleure tout le long de ma silhouette où s’écrit le nom liberté. Emphase, dites-vous ? C’est ignorer mon destin. Il me lie aux tribus mozambicaines qui constituaient la force de travail destinée aux îles de l’océan Indien. Les esclaves évadés troquaient leur seul bien, mon ancêtre d’argent massif, afin de pour- suivre leur chemin en hommes et femmes libres. Dans ma forme originelle, je suis coupé. La brèche, comme une rupture avec la soumission. Habité par ce mythe fondateur, je souligne le geste. J’accentue l’allure. Je transforme la parole en déclaration de paix – le courant hippie m’a porté aux nues – ou d’amour dans ma version Happy Hearts ou L’Heure du Diamant (Chopard), Coco Crush (Chanel), Love (Cartier) ou Possession Pop (Piaget). La légèreté s’est invitée dans mon existence. Mes congénères aussi. Ah, le cliquetis de nos corps apparentés ! Un tintamarre, oui. Par nature, le jonc est flexible. Je m’accommode de notre musique que l’on dit jubilatoire. J’exulte à plusieurs voix, suivant une tendance qui porte le nom d’accumulation. La profusion, cette nouvelle forme de narration, m’exhibe dans des vidéos “Suis mon guide du stacking” ou “Viens faire le tour du propriétaire” (jewelrytour) qui génèrent des millions de vues sur TikTok. Souvenirs heureux, grigris de protection et bracelets d’attraction me figent dans une promiscuité débridée. J’adhère pour la forme au “plus forts ensemble”. Mais ne vous y trompez pas. Même frappé d’inertie, c’est moi qui imprime le tempo du style ! » /public-objects/5099e592-616d-4bb5-bf0a-5a14843e406f-cf40f036-57b9-4a3a-a4aa-5743d890040e-2088f321-a06a-4fcc-8e44-c3d6cf4dff52-adfb425d-cc2d-4dbf-944a-26e4ae98630a-Possession%20Piaget%201486144.webp Image sélectionnée