Elie Top, l'orfèvre des rêves assemblés

Après un parcours dans la mode, Elie Top a créé sa marque il y a plus de dix ans. Allure de dandy moderne, sourire en bandoulière, il nous a reçu dans son showroom parisien. Un coup de cœur.

Il y a quelque chose qui tient autant de l’art que de l’ingénierie chez Elie Top. Artiste, il dessine admirablement. Des croquis de silhouettes, des visages qui projettent le bijou tel qu’il pourrait être porté. Comme un ingénieur, il imagine des plans de construction, des assemblages précieux et improbables. Quant à l’enfant qui sommeille en son for intérieur, il rêve encore de Kinder Surprise. « Je les adore même si je ne les mange pas. Quand vous voyez les pièces à l’atelier, c’est exactement ça, des éléments qui s’imbriquent et s’emboîtent », dit-il en riant avec la sincérité de quelqu’un qui n’a jamais renoncé à l’émerveillement. /public-objects/87db234e-7aee-4220-9b6a-88183b59348e-c521780f-eed7-40c9-b67e-3eb2faa7e7f1-Elie%20Top%20-%20Portrait%20(1).webp Image sélectionnée Elie Top crée ses propres bijoux depuis plus de dix ans, mais c’est par la mode que tout a commencé. Né en 1976, il quitte ses Flandres natales à l’âge de 17 ans pour entrer à l'école de la chambre syndicale de couture parisienne avant de rejoindre Yves Saint Laurent en 1997. Il y côtoie le maître au quotidien. « Il m’aimait beaucoup, sinon je n’aurais pas eu le droit d’être là », s’amuse-t-il, mais « on ne travaillait pas avec Yves Saint Laurent, on travaillait pour lui ». C’est Loulou de la Falaise, la muse du couturier, qui le prend alors sous son aile et lui enseigne l’art de nourrir sa créativité dans un bain culturel bouillonnant. Vient ensuite Lanvin, et la création de bijoux fantaisie aux côtés d’Alber Elbaz, qui lui ouvre les portes d’une joaillerie exubérante, audacieuse, en perpétuel renouvellement. « Parfois, il ne voyait même pas mes dessins. J’arrivais tremblant avec les bijoux en me demandant s’il allait les aimer. » /public-objects/d4656d3b-3934-4e38-944e-8ebd09f04495-2d8a89cc-36ec-4953-9492-c225e2d32ff0-Elie%20Top%20Charm%20Coeur%20C%C3%83%C2%A9cile%20-%20Shooting%20Hugues%20Laurent.webp Image sélectionnée À LA CROISÉE DES ÉPOQUES Quand surgit l’envie de créer sa propre maison, il met plusieurs années à se décider. « Je ne savais plus ce qui appartenait à mon univers propre, ce qui reflétait mon identité. » Ce qu’il finit par extraire, c’est un sens de la construction, une façon d’aborder la forme et les volumes, qu’il s’agisse d’une pièce inspirée par une rosace gothique ou d’un objet futuriste. Car Elie Top aime autant les châteaux médiévaux que Star Wars. Ses collections en témoignent : Mécaniques Célestes d’abord, avec ses pièces qui s’ouvrent et se ferment comme des astrolabes. Puis La Dame du Lac, dont chaque pièce paraît sculptée comme un talisman protecteur. Les Liaisons Dangereuses, enfin, plus délicates, construites autour de diamants anciens recyclés qu’il affectionne pour « leur imperfection, leur irrégularité, l’émotion qu’ils procurent ». /public-objects/0b6f9bf2-daeb-4cdb-92ed-a22ea2c344da-df01e29c-2cbb-4f7b-bf8f-5e330bbbe1ff-Elie%20Top%20BO%20Merteuil%20-%20Shooting%20Hugues%20Laurent.webp Image sélectionnée Les bijoux d’Elie Top vivent entre ces mondes : l’ère des cathédrales et celle de l’espace, le raffinement du XVIIIe et l’épure industrielle. Il travaille l’or blanc, l’or jaune, l’argent, parfois les trois ensemble, « ce qui rend l’assemblage à l’atelier d’une complexité folle ». Mais ce qui l’intéresse par-dessus tout, c’est que ses créations soient portées. « Un vrai petit club », dit-il, amusé de voir que « des gens se reconnaissent entre eux parce qu’ils portent des créations qui viennent de chez moi »