«L'élégance italienne, dans ce qu'elle a d'intemporel, résonne universellement»
Des boutiques pensées comme des demeures italiennes, des bijoux signés du nom de famille, des collections élevées au rang d’œuvres d’art… Depuis plus de cent ans, Damiani incarne un luxe authentique. Une philosophie singulière que défend Jérôme Favier, vice-président et CEO de la maison.
Dans un secteur du luxe où les grandes maisons passent les unes après les autres sous pavillon de grands groupes, Damiani reste une exception familiale depuis sa créa tion en 1924. Est-ce un atout, une contrainte, ou les deux à la fois ? C’est avant tout une force, et c’est précisément pour cela que j’ai rejoint Damiani. J’ai travaillé vingt-cinq ans dans de grands groupes, des maisons extraordinaires, mais on les rassemble désormais sous le terme « industrie du luxe ». Or, si l’on regarde les définitions respectives du luxe et de l’industrie, elles sont opposées, presque anta gonistes. Ces groupes sont devenus des corporations très efficaces, très grandes, mais qui s’éloignent parfois des vraies valeurs du luxe. Ce que nos clients nous disent aujourd’hui, c’est qu’ils recherchent l’authenticité et la proximité. C’est ça, la force de Damiani : on partage une émotion, on est une marque, mais avant tout une vraie famille que l’on peut rencontrer. /public-objects/364ce451-5438-4545-bd7b-06ff3e703daf-4a4d78cb-7d67-4785-af0b-f712507f7d4c-DA898_HOLIDAY_BALANCE_PR%20CORP_4x5_300dpi_04.webp Image sélectionnée Belle Époque, Mimosa, Margherita… Comment définiriez-vous le style et les inspirations de Damiani ? Ces trois icônes incarnent une élégance intemporelle, à la fois classique et dotée d’une forte personnalité. Margherita rend hommage à la reine Margherita, la plus aimée des Italiens, grande amoureuse de bijoux. C’est le fondateur lui-même qui a conçu cette pièce. Mimosa met en scène un sertissage dit « chaotique ». Là où la joaillerie fine propose des pièces répétitives, Damiani a imaginé une monture où chaque pierre est placée différemment par le sertisseur, à la main. Cela amplifie l’effet de brillance et rend chaque création unique. Quant à Belle Époque, elle naît de la fascination du fondateur pour les bobines de cinéma qu’il avait découvertes pendant l’Exposition universelle. Giorgio Damiani l’a récemment revisitée avec la collection Belle Époque Reel, dont les anneaux articulés évoquent le film en mouvement. Le succès a été immédiat, sans doute car cette ligne est plus moderne et plus accessible. /public-objects/e6b6107e-639a-4616-85b9-54b261189c5e-fffcdff7-be4c-497f-b476-550f222b7e9c-compo_20115272-20115270-20115273.webp Image sélectionnée Comment cette italianité fonctionne-t-elle sur vos diffé rents marchés, de Séoul à Dubaï ? Ce qui est étonnant, c’est qu’elle fonctionne partout, au Japon, en Corée, au Moyen-Orient, en Amérique du Sud. Nos trois icônes s’y vendent aussi bien qu’en Italie, à l’exception du motif de croix de la collection Belle Époque au Moyen-Orient, pour des raisons culturelles. Pourquoi ? C’est peut-être ce que j’appelle le nombre d’or : un équilibre esthétique dans les volumes, une élégance forte et accessible, identifiable sans être ostentatoire. L’élégance italienne, dans ce qu’elle a d’intemporel, résonne universellement. Et dans les boutiques, on le ressent. Les clients ne viennent pas seulement chercher un objet, ils viennent vivre quelque chose. Certains nous confient avoir tout connu, les palaces, les plus grandes tables, les maisons de mode, et n’avoir jamais éprouvé une telle émotion. Parce qu’on leur ouvre vraiment une maison, pas un point de vente. /public-objects/84888f67-89e3-4afb-ab69-cdeb5578dc8a-a005f6e9-2dbc-4305-8c59-30e256d82b46-DA898_HOLIDAY_BALANCE_PR%20CORP_4x5_300dpi_03.webp Image sélectionnée Qu’est-ce que la nouvelle génération familiale a apporté à la maison que les précédentes n’auraient pas pu imaginer ? La troisième génération – Guido, Giorgio et Silvia Damiani – a apporté trois choses essentielles. D’abord, la vision retail : de zéro boutique, on est passé à une centaine dans le monde, avec un nouveau concept inauguré l’année dernière, où chaque espace incarne la maison de famille, avec des matières nobles, du marbre, du cuir, du tissu Rubelli. Tout a été validé par la famille elle-même. Ensuite, il y a cette dimension d’incarnation de la marque : contrai rement aux grandes maisons où les managers changent tous les deux ou trois ans et racontent des histoires qui ne sont pas toujours les leurs, ici, c’est la famille qui expose sa propre histoire. Enfin, je parlerais de responsabilité : lorsque Damiani crée une boutique ou un bijou, ce n’est pas le nom d’une marque que l’on appose sur ce que l’on fait. On inscrit le nom du grand-père, du père, des enfants. Cette responsabilité est unique. /public-objects/11c05cc4-6261-4e31-96e9-823bb7818e09-6271ace8-0643-413f-9338-90e4656fd0d0-HERO_Caravaggio_collana%202.webp Image sélectionnée Vos boutiques évoquent des maisons italiennes. Est-ce une façon de dire que chez Damiani, on ne vient pas seulement acheter un bijou ? Lorsqu’on entre dans une boutique Damiani, on entre en effet dans une maison. C’est littéralement le concept déployé sur nos quarante premières adresses réno vées : marbre Calacatta, cuirs Limonta, tissus Rubelli, lustres Venini… uniquement des matériaux italiens d’une extrême noblesse, les mêmes que dans la demeure de la famille, choisis par les Damiani eux-mêmes. Ce n’est pas un décorateur qui a conçu un concept de marque : c’est la famille qui a dit, voilà comment on vit, voici notre univers. /public-objects/c665f08d-fec5-41f9-9141-64310734d1ae-7e4ce030-7c4e-43e4-bac5-0d6b0d588100-20114718.webp Image sélectionnée Quels sont les projets qui vous enthousiasment le plus cette année ? En juin, dans une villa privée sur le lac de Côme, nous avons présenté à nos cent cinquante meilleurs clients une nouvelle collection de haute joaillerie intitulée Arte Maestra. Giorgio Damiani a réinterprété les grands maîtres de la peinture, Van Gogh, Monet, Klimt, Le Caravage entre autres, en créant pour chacun un bijou unique. C’est une démarche extraordinaire, très différente de tout ce que nous avons fait jusqu’ici. Après les célébrations de notre centenaire en 2024, la présentation de Ode all’Italia en 2025, Arte Maestra poursuit cette tradition d’une haute joaillerie ancrée dans une vision artistique très personnelle et différenciante.