L'éden des joailliers
Les joailliers réinventent la nature en jardins oniriques, célébrant avec des gemmes rares et des couleurs vertigineuses la faune, la flore et les parfums. La haute joaillerie donne la parole aux pierres précieuses, ces miracles de beauté, transformant chaque création en une vision lumineuse du vivant.
« Je vous emmène dîner chez Dalí. » Les yeux rieurs et le livre de recettes de Salvador et Gala Dalí entre les mains, Adam Neeley nous entraîne dans le jardin enchanté du couple où il rêva une nuit qu’il dînait. Au menu : les flamboyants bijoux de titane coloré du Dalí’s Garden. Boucles d’oreilles torsadées, colliers en volutes et pendentifs ondoyants évoquent les formes organiques des plantes, tiges, cosses et pétales de ce jardin onirique. Maintes fois récompensé pour son talent – son collier South Sea Glow fait partie de la collection permanente de la Smithsonian National Gem Collection –, le créateur californien a été révélé à Paris par la galerie d’art joaillier Second Petale. Il ouvre le chemin des jardins qui ont inspiré la haute joaillerie de ce printemps. Les jardins secrets Les joyaux de Tiffany & Co. esquissent un éden poétique. Papillons, abeilles et oiseaux réveillent l’esprit de Jean Schlumberger qui fit dialoguer nature et joaillerie aux plus belles heures de la maison. Les onze chapitres de la collection Hidden Garden déploient des pièces d’une grâce aérienne et une impressionnante collection de pierres comme un diamant de dix carats parfaitement pur, des diamants jaunes Fancy Vivid, des saphirs padparadscha ou bleu denim, des rubis, des opales de feu incandescentes ou encore des kunzites, pierres mythiques de Tiffany. Dans le jardin de Bulgari, les pierres opulentes sont reines. Sur le collier Secret Garden de la collection Eclettica, un saphir padparadscha de 26,65 carats rose-orangé, extrêmement rare, évoque un coucher de soleil sur Rome. « C’était un coup de foudre… Son accord rose et orange est tout simplement extraordinaire », raconte la directrice artistique de la maison romaine, Lucia Silvestri. /public-objects/cfe37ba0-07d8-43cc-a068-3aa3d1fce8b2-670a670c-204b-4706-a0af-4cbf3d19e1b0-1.webp Image sélectionnée Ce que les saisons murmurent aux pierres Chaumet enchante le printemps avec des créations poétiques qui convoquent, d’une manière rare en joaillerie, des parfums et des arômes frais, épicés ou solaires. Café, thé, menthe, verveine, vanille composent la collection A Journey Through Nature avec une subtile délicatesse. Le diadème Fleur de Vanille, façonné pendant plus de 1 350 heures, exhale la douceur et la puissance de la vanille chaleureuse. Les fleurs se déploient aussi chez Yoko London. Portées par un collier de perles, elles s’épanouissent en pétales de diamants et de saphirs roses sertis en dégradé. Les perles d’eau douce, très prisées de la maison, conjuguent leur orient soyeux à celui des perles des mers du Sud, plus intense. Les couleurs de la nature, qui ont tant inspiré les joailliers ce printemps, ont aussi nourri les plus belles créations de Repossi. Le joaillier, qui fêtera bientôt ses 70 ans, s’inspire des feux du ciel et de la Méditerranée dans sa collection Blast (« explosion »). Des pierres aux tonalités solaires ou marines dispersent leurs feux sur des montures très sobres, cercles de fils d’or superposés à l’infini. Repossi est le mariage de l’épure et de la lumière. /public-objects/c0cbe446-d469-45ff-9133-f00e8dccf5dd-46d046c3-696f-4a2c-b001-ef55159bd842-2.webp Image sélectionnée La lumière et le feu De la couleur à profusion dans la collection Mythica chez Louis Vuitton Haute Joaillerie avec ses trente-sept diamants de couleur sur le collier Victory, un record, des zircons bleus intenses dont un (très rare) de 82,14 carats ou encore les 249,27 carats de tourmalines, tanzanites et aigues-marines formant un somptueux camaïeu de bleus sur le collier Sirius. Louis Vuitton Haute Joaillerie a toujours aimé surprendre par la démesure de ses pierres époustouflantes. Mission accomplie. Cartier, dans Le Choeur des Pierres, orchestre avec habileté ses gemmes insolites. Au coeur d’une symphonie chorale qui a exigé 85’000 heures de travail, le regard est aimanté par les pierres extraordinaires, « muses » du joaillier, comme ces cascades de topazes impériales, ces boules d’émeraude denses et lumineuses ou le saphir cabochon de Ceylan de 50,13 carats (collier Panthère Kentia) sur lequel repose une panthère sereine. « Donner la parole à la pierre, c’est reconnaître en elle une mémoire du monde, une beauté façonnée par le temps et porteuse d’éternité », dit Jacqueline Karachi-Langane, directrice de création joaillerie chez Cartier. /public-objects/cf64b838-84e6-4739-8ea1-9b69b85475e9-7b412d1c-c43c-4716-98c6-6155596003da-3.webp Image sélectionnée Le vertige des couleurs Mais s’il y a une maison qui surprend, c’est bien Chanel Haute Joaillerie, plus habituée à la rigueur du diamant qu’à l’explosion des couleurs. L’intensité chromatique des pierres précieuses, pour la première fois mêlées aux pierres dures, donnent un coup de fouet aux « Signes & Symboles » forts de la maison. Le lion parade en figure centrale dans une collection joyeuse et surprenante. Autre couturier-joaillier, Dior Joaillerie dévoile des cabinets de curiosités luxuriant de couleurs, de combinaisons inattendues de gemmes, ponctuées de laque. Elles fascinent par leur créativité, reflet du plus pur style de Victoire de Castellane. /public-objects/01a31a56-4bb7-450b-80f4-1a35774516d7-d7084386-1021-4f63-9e3a-07d67830fb33-4.webp Image sélectionnée Les miracles de la terre À l’occasion du Festival de Cannes dont elle est partenaire, la maison Chopard dévoilait sa collection Red Carpet baptisée Miracles, comme ceux que l’on découvre au quotidien et qui enchantent un instant de vie. Dans les ateliers de Haute Joaillerie de Genève, le miracle naît aussi du lapidaire qui révèle les feux de la pierre ou de l’artisan qui transforme la matière. Les nombreuses émeraudes de la collection, immenses par leur beauté, font partie de ces phénomènes prodigieux qui nous parviennent du centre de la Terre. « Les miracles sont souvent discrets : ils naissent d’un détail, d’une lumière, d’une émotion inattendue. Cette collection est une invitation à les regarder autrement », commente Caroline Scheufele, coprésidente et directrice artistique de Chopard. /public-objects/de4988b9-5642-4f15-8a40-70394d06cf8c-95e5b723-48aa-4142-ad32-6414c3310f48-5.webp Image sélectionnée