Conversation avec Catherine Rénier
Quel autre lieu mieux que les serres fleuries de la Dumfries House, en Écosse, pour dévoiler deux collections joaillières inspirées par les fleurs ? Avec Fleurs d'Hawaï et Flowerlace, Van Cleef & Arpels ajoute deux nouvelles variétés florales à son jardin qui en compte une vingtaine. Rencontre avec sa présidente et CEO, Catherine Rénier.
«COMME LES SAISONS RENOUVELLENT LES FLEURS, LA MAISON CULTIVE SON JARDIN CRÉATIF.» Depuis quand le motif floral fait-il partie de l’univers de Van Cleef & Arpels, et pourquoi demeure-t-il si essentiel aujourd’hui ? « L’inspiration florale accompagne Van Cleef & Arpels depuis sa création en 1906. Dès ses débuts, la Maison a créé des clips inspirés des fleurs, s’inscrivant dans un langage où la nature est une source d’inspiration spontanée et universelle. Ce qui distingue Van Cleef & Arpels, c’est la manière dont cette inspiration s’exprime à travers un savoir-faire joaillier unique, des volumes délicats, des contours souples, une richesse des couleurs et une diversité des formes. La nature y est généreuse, printanière, pleine de mouvement. Elle ne cherche pas la symétrie rigide mais privilégie la spontanéité. La collection Flowerlace illustre cela avec ses pétales aux lignes irrégulières, ses volumes ajourés et sa légèreté évoquant le geste du dessinateur. Cette vision continue d’animer la création, avec des formes renouvelées et une grande liberté d’interprétation. » Comment avez-vous puisé dans le patrimoine de la Maison pour créer Fleurs d’Hawaï et Flowerlace? « Ces collections s’inscrivent dans notre identité. Fleurs d’Hawaï s’inspire d’un motif floral emblématique des années 1930, où les pierres forment les pétales, accompagnées d’une petite feuille d’or. Ce dessin figuratif requiert un savoir-faire précis : sélection rigoureuse des gemmes, apairage minutieux, mise en valeur des couleurs, tout pour révéler l’éclat naturel des pierres. Flowerlace propose plutôt une lecture plus abstraite de la fleur, née d’un clip de 1937 autour du motif du ruban d’or. Ce fil évoque la couture et le végétal, comme si un ruban se déployait en pétales. Cette dualité reflète la richesse d’inspiration que la nature offre à la Maison. » Fleurs d’Hawaï célèbre aussi la couleur à travers les pierres fines. Qu’est-ce qui a guidé ces choix ? « La fleur est formée uniquement de pierres : les pétales sont des gemmes juxtaposées autour d’un pistil central, sans contours dessinés. Ce principe nécessite de sélectionner des pierres de qualité et en quantité suffisante pour un apairage parfait, un vrai défi. Nous avons choisi cinq variétés – rhodolite, citrine, améthyste, péridot, aigue-marine – qui reflètent la palette de couleurs chère à la Maison et assurent la faisabilité technique. Ces choix résultent donc d’un dialogue entre nos gemmologues et notre studio de création. » Le patrimoine est-il un moteur ou une contrainte dans le processus créatif de la Maison? « Le patrimoine est un moteur puissant. Il permet de comprendre les codes, inspirations et techniques signatures de la Maison. Certaines thématiques, comme la nature, le ballet, le travail de l’or ou la couleur, reviennent sans cesse, tout comme des innovations majeures, tel que le serti mystérieux, qui nourrissent la création. Créer chez Van Cleef & Arpels, c’est enrichir une histoire en respectant son essence. Le patrimoine donne des repères et une cohérence dans le temps, tout en laissant place à l’innovation et à de nouveaux récits. » Qu’avez-vous conservé ou transformé des clips des années 1930 pour Flowerlace? « Nous sommes partis du ruban d’or qui évoquait une fleur majestueuse pour créer une collection contemporaine, pensée pour durer et évoluer. Chaque pièce – bagues, clips, boucles d’oreilles, s’adapte à différentes tailles et différents usages. L’introduction d’un pavage renforce le contraste entre or et lumière, entre lignes pleines et ajourées. Ce n’est pas une simple reproduction du clip Fleur Silhouette de 1937, mais une réinvention fidèle à l’esprit de la Maison, dans un style contemporain. » /public-objects/d1f6af3a-92c5-4de0-aa5f-01a8a0a53647-513d8358-1aa1-489f-97a7-3d2eb5202393-VCA_VCARF93700_T3014_V3007_B00061000.webp Image sélectionnée La transformabilité des bijoux est-elle une tradition chez Van Cleef & Arpels ? « Oui, depuis les années 1930. Des colliers montés sur des chaînes se portaient en bracelets, ceintures ou ras-de-cou. Le collier Zip, des années 1950, est emblématique : il se ferme comme une fermeture éclair et devient bracelet. Aujourd’hui, cette polyvalence reste clé. Par exemple, dans Fleurs d’Hawaï, la montre peut se détacher pour devenir clip. Cette capacité d’adaptation du bijou, selon les moments ou envies, fait partie de l’identité de la Maison. C’est une manière de faire vivre le bijou autrement, en mêlant élégance, ingéniosité et héritage. » /public-objects/a4324258-c860-4304-b98d-10a685e51f2c-8e0a2742-1b44-4694-9db3-32c9d0c65938-VCA_VCARPET500_T3014_V3007_B0006-XXXXXX-I-copie1000.webp Image sélectionnée Pourquoi avoir choisi la Dumfries House en Écosse pour présenter Fleurs d’Hawaï et Flowerlace? « Ce lieu incarne des valeurs partagées : transmission, savoir-faire et lien à la nature. Depuis 2008, la Maison collabore avec la King’s Foundation, soutenant la création d’un jardin de roses à Dumfries House. Il était donc naturel d’y dévoiler des collections inspirées par la flore. Dans la serre du domaine, les créations de Van Cleef & Arpels dialoguent avec la diversité florale – deux expressions d’un même thème, entre nature spontanée et nature réinventée. Cela illustre que, comme les saisons renouvellent les fleurs, la Maison cultive elle aussi son jardin créatif. »