Claudia Cardinale, l'éclat d'une femme libre

En septembre 2025, le cinéma perdait l’une de ses plus grandes figures. Neuf mois plus tard, les bijoux de Claudia Cardinale ont quitté leur écrin pour une dernière apparition publique : du 16 au 26 juin, Christie’s en a dispersé l’essentiel au sein de la vente en ligne « Joaillerie Paris ». Pour celle qui voyait peu de frontière entre sa vie et ses rôles, ces pièces n’étaient pas de simples ornements, mais les jalons de toute une existence.

Née à La Goulette en Tunisie, en 1938, celle qui s’appelle encore Claude grandit entre deux rives avant d’être élue, à dix-neuf ans, « la plus belle Italienne de Tunisie ». Le titre la mène à la Mostra de Venise, puis au cinéma, sous la houlette du producteur Franco Cristaldi. Réputée farouche, presque sauvage, elle est reçue à l’école de cinéma de Rome pour son tempérament plus que pour ses yeux et devient, en quelques années, l’égérie d’un septième art italien à son apogée : Angelica du Guépard pour Visconti, muse de Fellini, héroïne de Sergio Leone dans Il était une fois dans l’Ouest . Grâce à sa sensualité méditerranéenne, elle incarne une féminité affranchie, qui rompt avec les modèles des décennies précédentes. Féministe revendiquée, ambassadrice de l’Unesco pour les droits des femmes, elle apparaît dans plus de cent cinquante films et reçoit les hommages de Venise, de Berlin et de Cannes, dont elle fut, en 2017, le visage de l’affiche, dansant sur un toit de Rome. À sa disparition, Emmanuel Macron saluera une star « que nous, Français, porterons toujours dans notre cœur ». Bulgari, Rome et la Dolce Vita Entre l’actrice et Bulgari, la rencontre allait de soi. Fondée à Rome en 1884, la maison de la via Condotti a lié son destin à celui de Cinecittà et des stars qui s’y pressaient. Son emblème, la Serpenti, devient une icône mondiale lorsque Elizabeth Taylor enroule la sienne autour de son poignet sur le tournage de Cléopâtre en 1962. Comme Anna Magnani, Sophia Loren ou Monica Vitti, Claudia Cardinale fait du joaillier romain l’un de ses favoris. Son serpent à elle, une montre-bracelet en émail bleu et blanc, saphirs taille poire et cadran signé Vacheron Constantin (datée vers 1965) aura mené la vente Christie’s. Sur les modèles laqués comme le sien, les écailles sont façonnées à la main dans des feuilles d’or, et le boîtier se dissimule sous la tête du reptile. Sa fille, Claudia Squitieri, raconte que l’actrice voyait dans ce motif « un symbole de force, de sagesse et de vitalité », et trouvait grisant de le porter lové sur son bras. Elle affectionnait aussi les bagues à cabochon, ce galbe que Bulgari empruntait aux coupoles romaines : trois d’entre elles, serties respectivement d’un rubis, d’une émeraude et d’un saphir étoilé, figuraient parmi les lots des enchères. /public-objects/77d0894e-1840-46e3-9dc9-5f13e7fd615e-1485e4be-0879-4f61-9f50-65f1aa9e9e0a-1.webp Image sélectionnée /public-objects/0ea5eae0-4c97-4230-ace6-22057fdfb7a8-02553cdd-0a20-4701-a11a-f7144156efb9-Sans%20titre-1.webp Image sélectionnée De Milan à la place Vendôme Au-delà de Rome, la collection dessine le portrait d’une amatrice avertie. De Buccellati, maison centenaire saluée comme le « prince des orfèvres », Claudia Cardinale prisait l’or ciselé à la manière d’une dentelle : on retrouve dans la vente des broches florales et une parure complète, ainsi qu’une broche papillon ancienne, écho savant à l’un des emblèmes de la maison. La place Vendôme n’est pas en reste. Van Cleef & Arpels, qui avait dessiné pour elle un bijou de tête pour son rôle dans La Panthère rose , en 1963, et dont elle fut quelques années l'égérie, est représenté par un délicat poudrier en or ; Cartier, par plusieurs montres, dont une Tank. Autant de pièces où le cinéma, la mode et la haute joaillerie se rejoignent, reflet d’un goût aussi sûr qu’éclectique. /public-objects/61cecc90-2e27-46ac-9f32-550910d51808-aaab40d1-eb71-4365-9dfb-7a7430826ce9-3.webp Image sélectionnée /public-objects/68b46218-cdc2-40a4-8ccd-0bc045acd9ce-c263ec50-682c-4c9c-a765-a0f0a9023f0f-4.webp Image sélectionnée Une dernière montée des marches La dispersion aura tenu ses promesses. La vente « Joaillerie Paris » de Christie’s a totalisé plus de 10,5 millions d’euros, doublant son estimation basse, et l’intégralité des bijoux de l’actrice a trouvé preneur, pour 826’262 €, au-delà de l’estimation haute. Une broche saphir et diamants Art déco, partie à 406’400 €, et une broche trembleuse du XIXᵉ siècle (355’600 €) constituent les plus hautes enchères de la session. Quant à la montre-bracelet Serpenti de Bulgari, elle a été adjugée pour 203’200 €. Avec des acheteurs venus de trente-neuf pays, la session confirme au passage la vitalité du format en ligne. Reste l’essentiel, fidèle à l’engagement de l’actrice : une partie des bénéfices sera reversée à la Fondazione Claudia Cardinale, créée avec sa fille pour soutenir les jeunes femmes artistes. La femme libre continue ainsi de transmettre.