Bijoux vintage : les trésors du temps
Les bijoux anciens séduisent par leur signature et leur rareté. Portrait d’un marché aussi vivant que précieux avec Sotheby’s et Collector Square.
En novembre 2018, à Genève, une perle fine ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette, estimée entre un et deux millions de dollars, s’est vendue… 36 millions ! « L’enchère a duré presque 40 minutes. J’ai rarement vu un bijou dépasser à ce point son estimation », dit Magali Teisseire, directrice du département Horlogerie & Joaillerie de Sotheby’s France, qui raconte encore l’événement avec une émotion palpable. Sans parler de ce « petit » rubis de 3,2 carats, birman – l’origine la plus recherchée –, d’un rouge « sang de pigeon » parfait, naturel et non chauffé, qui a atteint 660’000 euros lors d’une vente à Paris, en mars dernier, ou d’un bracelet Tutti Frutti de Cartier, vendu à New York en 2020. Estimé entre 600’000 et 800’000 dollars, il est parti à 1,3 million. Ces pièces très rares ou empreintes d’histoire sont uniques, inestimables. Dès lors, leur prix n’a plus de lien avec notre monde réel. Mais sont-ils portés ou dorment-ils au fond d’un coffre en attendant une revente spéculative ? « Nos clients les portent souvent, affirme Magali Teisseire, lors d’une soirée privée en hiver à Gstaad ou à Monaco ou encore au Luxembourg. Probablement en Asie aussi, où la tradition du diadème perdure et où les clients sont sensibles à notre héritage royal et au prestige de nos joailliers. » Investir, oui, mais avec plaisir ! Charlotte Chehboub, responsable communication de Collector Square, conseille à ses clients « d’acheter ce qu’ils aiment et surtout de porter ce qu’ils achètent ». Sans nier que la valeur d’investissement est souvent dans l’esprit des acquéreurs. Et pour cela « tous nos bijoux sont fournis avec un certificat et une garantie. Si les papiers d’origine manquent, un certificat est établi par un expert accrédité. En cas de doute, nous interrogeons la maison d’origine », explique-telle. La société engage sa responsabilité. Sotheby’s conseille de ne jamais acheter à une maison de ventes aux enchères qui n’a pas d’expert. « La confiance est un facteur essentiel, non seulement pour l’authenticité mais aussi pour le conseil. Nous aimons conseiller nos clients, à titre gracieux, sur leur projet d’achat », dit Magali Teisseire, qui observe d’abord la personne au-delà de l’acheteur, son physique, son style, son mode de vie, ses goûts, pour conseiller le meilleur investissement en fonction du budget donné. C’est ainsi que la confiance se construit. Bijoux stars Si les bijoux anciens portent une empreinte historique précieuse due à leur propriétaire (un aristocrate ou une célébrité), au style caractéristique d’une époque révolue (dessin, matière, porter) ou à leur créateur, la désirabilité des bijoux vintage (début du XXe siècle à aujourd’hui) répond à d’autres critères. La signature prestigieuse – Cartier, Van Cleef & Arpels, Bulgari, Boucheron, Buccellati, Chaumet… – est une valeur sûre. Ces Maisons s’illustrent depuis leur fondation par leur créativité et la qualité irréprochable de leur savoir-faire. Elles s’inscrivent dans un patrimoine national et surtout, elles ont su rester modernes, saisissant l’air du temps sans renoncer à leur identité profonde. Tel Cartier qui a récemment redessiné ses icônes sans perdre une once de prestige. « Le modèle Trinity marche très bien, observe Charlotte Chehboub, parce qu’il a une véritable histoire et qu’il est accessible à tous les budgets, de la bague trois ors à 900 € jusqu’à la pièce en diamant à près de 100’000 €. En lançant un design carré pour les 100 ans du modèle en 2024, Cartier a relancé l’intérêt pour Trinity. De même que Bulgari, en fêtant les 75 ans de Serpenti, a ravivé l’appétence pour les pièces vintage de cette collection. Toute la presse en a parlé. » Pour Van Cleef & Arpels, le site Collector Square a vu les recherches sur les modèles Alhambra bondir de 54 % en 2024. « Ils s’envolent dès leur mise en ligne », poursuit Charlotte Chehboub. COMMENT BIEN ACHETER ? S’adresser à une Maison de confiance qui travaille avec des experts agréés Privilégier les signatures connues Avoir une garantie d’origine et d’authenticité Se renseigner en amont (par exemple en consultant le site Understanding Jewellery alimenté par des experts de Sotheby’s) S’assurer de la valeur des pierres importantes (certificats de laboratoires renommés, GIA, SSEF, Gübelin, GRS, à Paris le LFG ou le Carat Gem Lab) POUR ÉVITER LES PIÈGES Attention aux fausses bonnes affaires, elles cachent souvent un problème de qualité ou d’authenticité. Comparer les prix avec d’autres sites de revente Demander des photos supplémentaires (n° de série, signature, état des pierres et des sertis…) Pouvoir essayer (dans un showroom ou chez un joaillier partenaire) avant l’achat Avoir un délai de rétractation Ne pas acheter sans garantie de retour et paiement sécurisé À ces bijoux stars qui se vendent (presque) tout seuls, Magali Teisseire ajoute, avec son oeil de collectionneuse de patrimoine, les bijoux Art déco de Chaumet en platine et diamants, les pièces de Suzanne Belperron, qui rencontrent un vrai succès auprès des connaisseurs, ou les bijoux de dentelle et d’or travaillés comme une étoffe de Buccellati. Le style des années 1960 à 1980 revient à la mode, avec ses beaux volumes et ses cabochons de couleur, que Chaumet a remis en lumière lors d’une exposition en 2023*. « De très bonnes clientes les achèteront pour agrémenter une tenue d’été. Le porté est plus ludique, plus expérimental, moins classique. Les gens s’amusent avec les bijoux », conclut Magali Teisseire, pour qui un bijou doit vivre.