« J’avais envie de montrer l’ancrage de la joaillerie dans le patrimoine français »

Pendant la Paris Fashion Week, la joaillerie est partout mais de manière fragmentée. Avec le nouveau salon Le Rendez-Vous organisé du 2 au 5 octobre à Paris, Francéclat lui offre une vitrine officielle. Priscilla Jokhoo, directrice de l’événement, a passé vingt ans dans la mode avant de rejoindre l’institution il y a trois ans, où elle a notamment créé le magazine Émergence. Elle détaille la genèse de cette première édition.

Quel manque Le Rendez-Vous cherche-t-il à combler ? Tout est parti d’une forme de frustration. Je viens de la mode et je fréquente les fashion weeks depuis longtemps. Pourtant, je n’avais pas mesuré tout ce qui se passait autour du bijou et de la joaillerie pendant la Paris Fashion Week. J’ai demandé aux marques pourquoi elles venaient à ce moment-là plutôt que pendant la semaine de la Haute Joaillerie. Leur réponse était très pragmatique : c’est là qu’elles captent les acheteurs et la presse. J’ai trouvé dommage qu’une filière aussi riche en savoir-faire reste dans l’ombre, et les marques ne peuvent pas changer ça seules. Francéclat est une institution et nous étions sans doute les seuls à pouvoir officialiser ce temps fort. Proposer un nouveau salon pendant la fashion week revient-il à aborder la joaillerie sous le prisme de la mode ? Non. Je comprends la question, parce qu’au début j’ai eu cette arrogance. En arrivant chez Francéclat, j’ai copié-collé les modèles que j’utilisais dans la mode. Les deux secteurs ont beaucoup de points communs, mais chacun a ses singularités. La joaillerie n’est ni la mode, ni le design, ni l’art contemporain. Je voulais un événement propre à la joaillerie, avec ses codes mais légèrement twisté, à l’image de cette nouvelle génération d’entrepreneurs qui garde les codes de la filière tout en s’autorisant un petit pas de côté. J’ai fait la même chose avec le magazine Émergence. La joaillerie dialogue avec l’art, la photographie et l’édition. Les maisons éditent des livres, pas des magazines. J’ai donc conçu un magazine qui ressemble à un livre, en mêlant les codes de l’édition, ceux d’un titre économique comme le New Yorker ou Capital, et l’iconographie de la mode. Notre filière a une histoire, un patrimoine et un savoir-faire. Copier d’autres secteurs, c’est se diminuer. En quoi consiste le twist dont vous parlez ? Il tient d’abord à la curation des 24 marques* de la Scène centrale, qui mêle joaillerie et bijou de mode. Ensuite, je parlerais de la diversité des univers réunis sous la tente. J’avais envie de montrer l’ancrage de la joaillerie dans le patrimoine français. L’espace La Monographie est une exposition de bijoux autour du thème du jardin, dans une approche plus muséale, qui montre la diversité créative des marques françaises et la pluralité des savoir-faire. Nous proposons aussi une exposition de photos. On parle beaucoup de photographie de mode, beaucoup moins du bijou raconté par l’image, alors qu’un bijou raconte toujours une histoire. L’événement reste B2B, mais je voulais ouvrir les portes et le rendre plus accessible. Comment avez-vous sélectionné les 24 marques ? Pour une première édition, il fallait positionner l’événement. Nous étions plusieurs autour de la table, avec des profils business, image et presse, et des acheteurs. Je connais bien les acheteurs de la Paris Fashion Week. C’est un public curieux, toujours en quête de nouveautés, et de nombreux grands comptes internationaux ont beaucoup développé leur offre joaillerie. Le premier critère a été la singularité, c’est-à-dire une signature esthétique claire et cohérente, et une histoire propre à la marque. Vous proposez aussi des conférences à l’espace Les Conversations. Quelles thématiques y seront abordées ? L’idée est d’aborder les grands enjeux de la filière sans prétendre être exhaustifs, y compris avec des sujets dont on parle peu ailleurs. Nous avons travaillé avec deux partenaires, chacun dans sa spécialité. NellyRodi apporte une vision transversale, puisque l’agence travaille aussi bien avec la joaillerie et l’horlogerie qu’avec la mode, la beauté ou l’hôtellerie. L’École des Arts Joailliers apporte l’expertise. Au programme, nous avons une conférence sur le diamant avec L’École, une autre sur la nouvelle grammaire visuelle de la joaillerie, l’héritage, mais aussi les dynamiques de marché, la relation client et la formation. Nous avons conçu ce programme pour les professionnels de la mode et du luxe qui seront présents. * Anicet, Anna Shelley, Gas Bijoux, Hugo Kreit, Lucas Bauer, Mara Paris, Mezzaluna et Mineralosophie, 5 Octobre, Atelier Molinari, Bot, Copin, D1928, Lydia Courteille, Maison Marcelle, Marie Mas, Marie-Alexandrine Yvernault, Matteo Mascheroni Joaillerie, Mazarin, Meteor, Rouvenat, Sylvia Toledano, The Black Alchemy et Vever /public-objects/dec95669-ba1e-484d-a52f-93f869b62a59-7696af3e-d774-4a84-951d-4e55a9be9d22-LE%20RV%20_%20KEY%20VISUEL_RVB_2000px_FR.webp Image sélectionnée